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La vision de Georges Brival, membre fondateur du Tour des Yoles Rondes de la Martinique En créant le Tour de Martinique des Yoles Rondes, en 1985, Georges Brival a un double objectif : valoriser le patrimoine martiniquais et rendre hommage aux marins pêcheurs. Il souhaite utiliser la yole pour atteindre son but. Dans son plan stratégique, les yoles feraient partie intégrante du patrimoine de chaque commune concernée et contribueraient au progrès social et culturel des marins pêcheurs. « Pour moi, la yole est l’un des aspects de l’âme de la Martinique. Elle a un fond d’authenticité, c’est la vérité à l’état pur et il faut la préserver. C’est dans cet esprit que j’ai conçu cette compétition, je voulais fédérer les marins pêcheurs, jeunes et moins jeunes, autour du projet » affirme-t-il. Tout en se félicitant de la pérennité du produit, le concepteur du Tour jette un regard désabusé sur la compétition : « On a mis en place une multitude d’associations loi 1901 pour gérer les yoles. Ainsi au Robert, par exemple, vous avez dans un hangar, 5 yoles et, par conséquent, 5 associations qui font exactement la même chose. Parallèlement, il existe la Société des Yoles rondes qui possède le même statut associatif. Je pense que la formule n’est pas pertinente. » Georges Brival souligne le budget onéreux consacré aux yoles d’aujourd’hui : « Par le passé, l’intelligence et la forme physique des pêcheurs faisaient la course, maintenant, c’est surtout l’argent qui prédomine. On est parvenu à des voiles qui sont extrêmement chères. Elles étaient en coton, puis en tergal, ensuite en nylon, en kevlar et actuellement en dacron ! C’est fou ! Chaque année, les gens veulent d’une yole neuve. Aujourd’hui, une yole équipée peut coûter jusqu’à 500 000 F, soit plus de 76 000 € ! Où va-t-on ? Je pense qu’il faut arrêter cela. » Regrettable mélange des genres Selon le père du Tour il y a trop de yoles en compétition. Il estime également qu’il serait utile de reconsidérer le profil des équipiers. « On ne peut pas faire courir dans la même catégorie des gens qui ne boivent pas une goutte d’alcool, qui ont le temps de s’entraîner, qui perçoivent leur salaire à la fin de chaque mois et des marins pêcheurs qui vivent du produit de leur pêche, qui doivent lutter chaque jour pour s’en sortir financièrement et qui ne peuvent pas suivre un entraînement physique régulier » s’insurge-t-il, avant de lâcher : « On est dans une situation telle que, grâce à leurs sponsors, certains équipages peuvent faire du sport dans des salles spécialisées et être suivis par des nutritionnistes. C’est une forme de professionnalisme déguisé. Les jeux sont donc faussés. » Georges Brival ajoute : « On va jusqu’à mélanger hommes et femmes dans une même compétition ! Les femmes qui jouent au basket, pratiquent ce sport entre elles. Il en va de même pour celles qui jouent au volley. Pourquoi en serait-il autrement pour les yoles ? Il y a une ambiance particulière sur la mer pendant le Tour, les équipages fournissent des efforts physiques intenses, des jurons fusent de partout. Le langage d’un marin pêcheur n’est pas un langage de salon. Ce n’est pas décent, voyons ! Les femmes qui le souhaitent doivent pouvoir faire de la yole mais dans une catégorie féminine, créée pour elles. » D’autres produits L’homme qui a créé le Tour des yoles propose des spectacles peu onéreux parallèlement à la compétition. « Pendant la saison touristique, entre le 15 décembre et le 15 avril, à peine 10 courses sont organisées, c’est trop peu. On peut mettre en place, par exemple, des « courses arrêtées. » C’est une compétition qui vient des marins pêcheurs eux-mêmes. A l’époque, les yoles n’étaient pas équipées de moteur et les gens allaient à la pêche à la voile. Souvent, quand ils rentraient, ils se lançaient des défis et faisaient ce que nous appelons chez nous des « tirages », c’est-à-dire des courses-poursuites. Lorsque que ces épreuves opposaient des marins pêcheurs de communes voisines, par exemple, Le Robert et Le François ou Le François et Le Vauclin, on parlait de « kouss’ kannot’ arrêté » ou encore « courses arrêtées. » Le principe était le suivant : les adversaires convenaient, ensemble, de la date de la compétition. Voir ainsi deux canots s’affronter, je puis vous dire que c’est quelque chose d’extraordinaire. Le spectacle rappelle la « Cup of America », l’une des plus belles courses au monde, qui oppose deux bateaux, en finale. » Quand il regarde le Tour de Martinique des yoles rondes, Georges Brival a le sentiment d’une mission non accomplie. « Je m’étais donné 5 ans pour bien établir l’organisation du Tour de Martinique des yoles rondes et atteindre les objectifs que je m’étais fixés. J’aurais mis en place les bases organisationnelles puis, je me serais retiré. Mais, on ne m’en a pas laissé le temps. J’ai dû faire face à des problèmes internes et à des accusations infondées. J’ai choisi de partir pour ne pas mettre en péril un produit que j’avais moi-même créé. Cependant, lorsque j’ai quitté la société, j’ai eu du chagrin. Cela a traîné pendant quelque temps car j’estimais ne pas mériter ce qui m’arrivait. Aujourd’hui encore, un autre sentiment terrible m’anime, celui du travail inachevé. Rendre hommage aux marins pêcheurs J’avais mis sur pied une section de « bébés yoles » car je voulais préparer l’avenir. Qu’est-elle devenue ? Par ailleurs, il n’existe pas de section de vétérans. En dépit des difficultés, je souhaitais contribuer au progrès des yoles. C’est ainsi que j’ai mis en oeuvre des « courses arrêtées » mais la Société des Yoles rondes a vu la compétition d’un mauvais œil et m’a cherché des ennuis. Sans raison valable, elle a disqualifié les canots qui avaient participé à l’épreuve. Cette affaire est allée loin puisque que j’ai dû intenter un procès à l’encontre du Président de la Société des Yoles rondes. J’ai obtenu gain de cause, j’ai gagné mon procès. Je n’ai pas exigé de dommages et intérêts, j’ai préféré mettre un terme au dossier. Je regrette que notre pays ne puisse profiter des retombées économiques et touristiques des « courses arrêtées. » J’ai vu grand pour mon pays en créant le Tour de Martinique des yoles rondes. Je suis fier du produit que j’ai conçu et je revendique sa paternité. Le spectacle sur l’eau a toujours été splendide et les spectateurs sont de plus en plus nombreux. Je voulais développer à côté de ce Tour d’autres produits qui l’auraient valorisé. Mais, j’ai été freiné dans mes ambitions. Je voulais rendre hommage aux marins pêcheurs, ces hommes qui méritent notre respect. Je souhaitais que le Tour de Martinique des yoles rondes soit un grand produit d’appel touristique pour notre pays. Tous ces objectifs me paraissent nobles.
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