Navigation:    Accueil arrow Hommage à Désiré Lamon
Hommage à Désiré Lamon Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Premier vainqueur du Tour de Martinique des yoles rondes

Tout commence quand Georges Brival invite les marins pêcheurs à participer au Tour. Lorsqu’il me contacte, j’accepte car pour moi, cette compétition est un événement. Je me mets rapidement à rechercher un constructeur de yoles. Je me rapproche de Michel Tiénot, très performant dans la fabrication de canots. Il me fait une offre qui ne correspond pas à mes moyens. Malgré nos discussions, nous ne parvenons pas à nous entendre sur un prix, je laisse tomber. Je suis très ennuyé car je tiens à prendre le départ du Tour.

Une histoire de yole

Souvent, je fais des maquettes de yoles, alors mes fils, aussi préoccupés que moi, me disent : « Papa, qu’est-ce qui t’empêche de construire ta propre yole ? » Je n’y avais pas pensé et tandis que je poursuis la réflexion, ils déclarent avec conviction : « Écoute, papa, tu es capable de fabriquer ta yole, mets-toi à l’œuvre, nous t’aiderons. » L’idée me séduit. Après un instant d’hésitation, je leur dis : « C’est bon, vous m’avez convaincu, je construirai ma yole. » Mes enfants laissent éclater leur joie. Dès lors, tout le monde se met au travail.

Les contraintes professionnelles et familiales, les impératifs de la construction, les entraînements en vue de la compétition font que nos journées se rallongent de plus en plus. Nous nous levons tôt, nous nous couchons tard mais, pour nous, le jeu en vaut la chandelle. Finalement, après deux mois de labeur, notre yole est construite. C’est la fierté de la famille. Nous procédons aux essais, elle glisse majestueusement sur l’eau. Quel bonheur !

Les gens parlent de notre yole, beaucoup d’entre eux ne croient pas en elle. « Vous n’irez pas bien loin avec ce canot », affirment quelques-uns. Leur déclaration raffermit notre combativité. Certaines personnes nous font néanmoins confiance. Nous trouvons un sponsor : Monoprix.

Dimanche 11 août 1985, lancement du Tour, mon cœur bat la chamade. Les interrogations se bousculent dans ma tête : « Comment notre yole va-t-elle réagir ? Donnera-t-elle raison à ses détracteurs ? » Nous avons un double défi, faire la démonstration des performances de l’équipage et de la yole. Mais trêve de réflexions, il faut maintenant se jeter à l’eau.

Victoires inattendues

Quelques minutes après le départ, nous jouons de malchance. Notre yole, la Marinoise, Monoprix, s’accroche à un flotteur, nous perdons de précieuses minutes. Nissan, l’une des deux yoles franciscaines en lice file déjà en tête de course. Nous avons des jeunes de 20 ans et des adultes d’une quarantaine d’années sur notre canot. L’énergie juvénile et l’expérience de l’âge sont donc réunies, notre équipage, composé de Marinois, de Franciscains et de Vauclinois, affiche une forte détermination.

Je donne des instructions à mes coéquipiers. Avançant comme un seul homme, nous rattrapons notre retard. Nous dépassons les yoles les unes après les autres et finissons par rejoindre Nissan. La yole franciscaine résiste mais nous voulons de la victoire et bataillons ferme. A quelques miles nautiques de l’arrivée, nous nous livrons à un duel sans merci. Après une lutte farouche, nous atteignons les premiers la baie du Vauclin, remportant ainsi la première étape du Tour.

Cette victoire nous galvanise, le lendemain, nous renouvelons l’exploit à Trinité. Nos supporters, notamment les Marinois, sont ravis. Le surlendemain, Nissan gagne l’épreuve, nous restons premiers au classement général.

C’est maintenant l’avant-dernière étape, je suis songeur : « Ma yole m’impressionne, elle s’est montrée performante jusqu’à présent. Nous pouvons gagner la compétition. Il nous faut absolument remporter l’étape d’aujourd’hui. » Je dynamise l’équipage car l’épreuve est décisive. Nous nous jetons corps et âme dans la bataille, nos efforts seront récompensés. Nous arrivons les premiers dans la baie de Fort-de-France.

Vainqueurs du premier Tour de Martinique des yoles rondes

Après cette victoire, je me dis en moi-même : « Si nous n’avons aucune avarie, nous serons vainqueurs du Tour, mais il faut rester concentrés. » Je discute avec mon équipage, les hommes sont heureux, il faut les contenir. Je leur dis : « Messieurs, travaillons jusqu’au bout, la victoire est possible. »

Objectif du jour : arriver, coûte que coûte, les premiers à Sainte-Anne. Valda, la yole robertine, a les mêmes ambitions. Le duel est lancé à partir du Diamant, vigoureuse, Valda s’obstine. Cette lutte, âpre, nous stimule. La Robertine atteint, la première, la bouée d’arrivée, nous la talonnons. Pour nous, pas de victoire d’étape, cependant, nous remplissons la plus importante de nos missions. Nous remportons le premier Tour de Martinique des yoles rondes.

Depuis la mer, nous entendons un grand cri de joie provenant de la foule. J’ai rarement vu autant de monde. C’est incroyable ! Un frisson s’empare de tout mon être. Nos supporters, tout habillés, nous rejoignent dans l’eau. Et puis, soudain, ils me prennent dans leurs bras, je suis transporté, ils m’envoient dans les airs. Ils laissent s’exprimer leur joie, je suis fou de bonheur. Je réalise à peine ce qui nous arrive. A ce moment-là, je n’ai qu’une pensée, une seule : nous avons relevé le défi, nous avons prouvé que notre équipage et notre yole étaient performants.

« Monoprix »,
Vainqueur du premier Tour de Martinique des yoles rondes du 11 au 15 août 1985

Patron : Désiré LAMON

Membres d’équipage
• Joseph LAMON
• Marcel LAMON
• Michel LAMON
• Georges-Henry LAGIER
• Fernand DORÉ
• Guy OMER
• Albert MONIER
• Marie-Étienne MÉLIDOR
• Émile ÉMMANUEL
• Charles MANDOUKIE