Navigation:    Accueil arrow Hommage à Félix Mérine
Hommage à Félix Mérine Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Mon attachement à la yole remonte à mon enfance puisque je la pratique depuis l’âge de 12 ans. A 17 ans, je conduis des « bébés yoles » qui mesurent 3 mètres. En 1987, je deviens patron, trois ans plus tard, je remporte mon premier Tour de Martinique des yoles rondes.

Au début des années 90, Frantz Ferjules prend sa retraite après avoir été deux fois vainqueur de la compétition. Les regards des Robertins se tournent alors vers moi. Nos supporters comptent sur nous car notre yole est pratiquement la seule à résister aux cinq franciscaines. En 2001, je gagne une nouvelle fois, ma fierté est grande car j’estime avoir battu les cinq meilleures yoles rondes de Martinique. Nous ajoutons ensuite deux autres victoires à notre palmarès, en 2002 puis en 2003. C’est un exploit.

Nous préparons sérieusement le Tour, nous travaillons beaucoup pendant l’année. Nous nous entraînons trois fois par semaine, de février au mois d’août. Le samedi, nous procédons à un entraînement soutenu en mer, le dimanche, nous participons aux courses et en semaine, nous faisons du footing, des abdominaux et de la musculation. C’est dur, mais c’est un régime indispensable quand on veut gagner.

La fuite des marins pêcheurs

Le Tour de Martinique des yoles rondes connaît une mutation. Paradoxalement, les marins pêcheurs en exercice sont de plus en plus absents des embarcations. Je pense qu’ils sont actuellement une dizaine dans la compétition sur près de 200 de participants alors qu’ils étaient majoritaires quand l’épreuve a été lancée, en 1985, par Georges Brival. Je suis convaincu que leur nombre continuera à diminuer.

Aujourd’hui, ce sont principalement des salariés, fonctionnaires de l’Éducation nationale et autres employés de banque qui forment les équipages. Sur ma yole, par exemple, il n’y a aucun marin pêcheur. Les salariés gagnent bien leur vie et la yole est un loisir pour eux, ils oublient leurs soucis et se consacrent entièrement à la course.

La réalité des marins pêcheurs est tout autre. Pendant le Tour, ils sont contraints de délaisser leurs activités professionnelles, ce qui constitue pour eux un manque à gagner considérable. C’est une réelle préoccupation et face à ces difficultés, ils ont quitté la compétition. Maintenant, ce sont les gens de la ville qui nous sollicitent. Si cette situation perdure, si ce phénomène de désertion se poursuit, dans les cinq prochaines années, il n’y aura plus de marins pêcheurs dans le Tour de Martinique des yoles rondes.

« Des coursiers lésés, je souhaite que les yoleurs soient mieux payés.»

L’argent qu’on gagne au Tour des yoles, ce n’est pas grand chose comparativement à ce qu’on investit pour y participer. Pour le vainqueur, les frais relatifs à la compétition sont presque cinq fois supérieurs à ce qu’il empoche. Fort heureusement, c’est notre sponsor qui règle les factures, en contrepartie, il inscrit sa marque sur notre yole notamment sur la voile.

J’ai surtout travaillé avec le successeur de Georges Brival. Cependant, avec Monsieur Brival, il existait une bonne ambiance. On était mieux payé et il n’y avait pas autant de contraintes. Aujourd’hui, nous devons supporter beaucoup de frais. A l’époque, je payais un bateau suiveur 3 000 francs (457 euros), aujourd’hui, il coûte deux fois plus cher. Auparavant, c’était la ville-étape qui nous recevait, maintenant, c’est différent. Il faut tout payer, par exemple, pour nourrir l’équipage, il faut prévoir un budget de 10 000 francs (1 524 euros).

L’évolution de la yole constitue un autre sujet d’inquiétude. Ses matériaux ne sont plus les mêmes et elle est beaucoup plus légère que par le passé. Le mât est toujours en bambou mais les voiles ne sont plus en coton, elles sont en kevlar ou en dacron. Certaines de ces transformations sont intéressantes mais elles font de la yole un produit de luxe qui coûte très cher, soit près de 55 000 euros.

 Le Tour de Martinique des yoles rondes est un sport extraordinaire, unique au monde. Aujourd’hui, il draine beaucoup plus d’argent mais, chose surprenante, il y a moins de gains pour les équipiers. C’est aussi pour cela que les marins pêcheurs sont partis. J’estime qu’il y a maintenant trop d’argent dans le Tour. C’est peut-être l’argent qui va perdre cette compétition. Je souhaite que les yoleurs soient mieux payés. On dépense beaucoup pour l’organisation du Tour, pour l’encadrement, la sécurité et pour être reçu dans les villes. Quant aux principaux acteurs, les yoleurs, ils sont lésés. Ils s’entraînent depuis février-mars, ils doivent être mieux rémunérés.